Le peuple existe-t-il ? Michel Wieviorka

Le peuple existe-t-il ? Michel Wieviorka

Dans notre vocabulaire politique, le mot  » peuple  » occupe une place singulière. Parfois, nous le délaissons, parfois, au contraire, le mot s’impose. C’est le cas aujourd’hui, surtout depuis qu’au début du printemps dernier, l’un après l’autre, dans le monde arabe et musulman, des régimes autoritaires et corrompus ont vu se dresser contre eux des mouvements populaires, des peuples. Mais qu’est-ce qu’un peuple ? Le peuple constitue-t-il l’ensemble du corps social, ou seulement une partie, faite de  » petites gens  » et susceptible de s’affronter aux  » gros « , aux élites. La France d’en bas, par exemple, en opposition à celle d’en haut ? Cette perspective devient populiste quand elle exalte le peuple, dans ses versions de gauche, par exemple dans la Russie de la deuxième moitié du xixe siècle, ou dans la France, d’après 68, lorsque des militants  » gauchistes  » allaient rejoindre le peuple et  » s’établir  » en usine. Elle est aujourd’hui surtout de droite, et d’extrême droite, et alors xénophobe, raciste et nationaliste. Ni la foule ni la masse, le peuple n’en est pas moins une totalité relativement indéterminée, indifférenciée, faiblement organisée. D’où l’image d’un être collectif, éventuellement représenté par un symbole ou dirigé par un leader charismatique. Le peuple, en lui-même, n’est pas de gauche ou de droite, et pourtant, la notion le tire plus du côté de la gauche. À droite, on préférera parler de nation. Il peut être présent, fonctionner comme un acteur de l’histoire qui se fait, mais aussi être silencieux, inexistant ou absent. Quand il s’affirme, il est plus prédémocratique que démocratique, il apporte la rupture, ou sa nécessité, sans dire comment se fera le changement, avec quelle structuration du système politique. Ces flous, ces ambivalences font la force et le charme du mot peuple. Ce mot s’impose là où la démocratie est affaiblie, inopérante ou inexistante, bien plus que là où elle est vivante et sûre d’elle-même. Il faut s’intéresser au retour de l’idée de peuple, il faut aussi la considérer avec circonspection. Avec les contributions de : Nora Benkorich (Attachée de recherche et d’enseignement au Collège de France) ; Alain Bergounioux (prof. associé IEP Paris) ; Sophie Bessis (Chercheuse associée à l’IRIS/Secrétaire générale adjointe de la Fédération internationale des droits de l’homme) ; Rachid Boujeddra (écrivain) ; Monique Castillo (prof. Université Paris-Est) ; Guy Cavagnac (Cinéaste) ; Monique Dagnaud (dir. De recherche au CNRS) ; Pascal Dibie (prof. Université Paris Diderot) ; Vincent Goulet (enseignant-chercheur université Nancy 2) ; Geneviève Lacambre (Conservateur honoraire au musée d’Orsay) ; Stéphane Lacroix (professeur-chercheur à Sciences-Po Paris) ; Hervé Le Bras (dir. de recherche émérite à l’Ined) ; Pierre Manent (dir. d’études à l’EHESS) ; Denis Martin (enseignant) ; Anne Muxel (dir. de recherche au Cévipof) ; Thierry Pech (directeur de la rédaction d’Alternatives économiques) : Pascal Perrineau (prof. des Universités à Sciences-Po Paris) ; Henri de Raincourt (ministre chargé de la Coopération) ; Irène Tamba (dir. d’étude à l’EHESS) ; Alberto Toscano (correspondant en France de l’Agenzia Giornali Associati) ; Hubert Vincent (prof. Université d’Artois). Biographie de l’auteur Michel Wievorka est sociologue, administrateur de la Fondation Maison des Sciences de l’homme.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *