Laurent Gaude – Dans la nuit Mozambique

Laurent Gaude – Dans la nuit Mozambique

Vous me dévisagez. Vous avez peur. J’ai quelque chose de fiévreux dans le teint qui vous inquiète. Je souris. Je tremble. Un homme brûlé, pensez-vous. Je ne lève pas les yeux. Je sursaute souvent, au moindre bruit, au moindre geste. Je suis occupé à lutter contre des choses que vous ne voyez pas, que vous seriez même incapables d’imaginer. Vous me plaignez, et vous avez raison. Mais je n’ai pas toujours été ainsi. Je fus un homme autrefois.

Aujourd’hui que j’y repense – malgré les années qui ont passé, malgré mon esprit rongé par les cau­chemars et les peurs vénéneuses, malgré cette mé­fiance dévorante qui me fait fuir la compagnie des hommes -, aujourd’hui, je sais que c’est ce jour où nous avons commencé à devenir fous, sans même nous en apercevoir. Nous sommes entrés dans une nuit qui allait nous emporter les uns après les autres, et depuis ce jour, je m’en rends compte maintenant, même si mon esprit est troublé – ils le disent tous, ceux que je croise dans les rues et qui parlent à mon passage -, depuis ce jour, oui, la vie ricane dans mon dos. Elle me tord, m’inquiète et me prive de sommeil. Je ne suis plus ce que j’étais. Je fais peur, j’ai des yeux de chat et une maigreur de phtisique. Aujourd’hui pourtant, bien que je sois fou – comme ils le disent, et je ne leur donne pas tort tant je sens en moi d’agitation et de terreur -, aujourd’hui, je revois tous ces instants avec clarté.



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