Dictionnaire d’ancien français-Moyen Age et Renaissance

Dictionnaire d’ancien français-Moyen Age et Renaissance

L’ouvrage que nous présentons au public lettré nous a été inspiré par l’amour de notre langue, devenu, dans la tristesse des temps, de la piété : notre langue, la seule chose vivante qui nous vienne des lointains du passé, et qui, plus que tout, a donné sa splendeur au nom de la France. Il n’a d’autre ambition que d’aider ceux qui l’aiment et désirent la connaître plus afin de la mieux chérir et la mieux honorer.
À ceux-là ne peut suffire la connaissance du langage présent, tel qu’il s’est fixé, à peine altéré depuis, au début du XVIe siècle. Pendant plus de six cents ans avant cette époque, il y eut une bonne langue française, qui a vécu vigoureusement et brillé d’un éclat magnifique. Répandue chez l’étranger, qui l’appréciait comme « la parlure la plus delitable », venait chez nous l’étudier, la pratiquait jusqu’à lire les poèmes de nos trouvères, elle a porté au loin l’émouvante grandeur de « la Geste Francor ».
Peut-on laisser abolir un passé aussi prestigieux et souffrir que ce français, qui, au cours d’une si longue période, a traduit les émois et les passions de nos ancêtres, fixé leurs pensers et leurs rêves, demeure, plus morte encore qu’une langue morte, une langue enfouie dans la tombe de l’oubli ? Faut-il qu’elle ne s’anime et sourie que pour un petit nombre d’érudits, spécialistes du moyen âge, dont la plupart et non des moindres ne sont pas de chez nous ?
Tous ceux qui font ou qui ont fait leurs humanités possèdent un dictionnaire latin, beaucoup un dictionnaire grec. Mais pour notre français de l’ancien temps, combien n’ont pas de dictionnaire ! Chansons de geste, récits de nos chroniqueurs, fabliaux et mystères, tous ces beaux textes où se peint et vit l’âme de la vieille France, ne leur sont accessibles que par truchement.
Or, s’il est vai que la langue est l’âme même d’un peuple, que changer de langue ce serait changer d’âme, comment cette transposition en français moderne pourrait-elle ne pas travestir un peu l’esprit des oeuvres léguées par nos pères, à tout le moins en effacer le délicat et charmant coloris ?
Certes, il faut rendre grâces aux habiles traducteurs qui se sont employés à mettre à la portée d’un public étendu les vieux ouvrages et les ont ainsi sauvés de l’ignorance et de l’oubli.
Mais nous avons la conviction que notre riche littérature d’un passé, qui après tout n’est pas tellement lointain, mérite mieux qu’une adaptation, si réussie qu’elle puisse être.
Aux élèves de l’enseignement secondaire, aux étudiants des facultés, aux amis des lettres françaises, nous avons donc voulu rendre possible ou faciliter le contact direct avec les vieux textes, et, plus encore, permettre de pénétrer l’esprit même de l’ancienne langue, observée dans sa formation et son évolution. Nous espérons que ce livre, en dépit de toutes ses imperfections, leur sera un instrument commode.
Il nous plaît de penser qu’à côté des dictionnaires grec, latin et français aura désormais sa place sur le rayon des étagères et des bibliothèques le dictionnaire français du moyen âge et de la Renaissance.
Qu’il soit consulté très souvent, c’est notre voeu le plus cher.

R. Grandsaignes d’Hauterive

Mots. Ce dictionnaire comprend les mots de l’ancienne langue du moyen âge et de la Renaissance (1400 mots environ propres au XVIe siècle) qui n’ont pas survécu dans la langue moderne (du XVIIe siècle à nos jours).
Cependant beaucoup de termes encore vivants y sont portés, soit que leur forme ait changé au point de les rendre méconnaissables, soit plus souvent que leur sens ait été par la suite profondément modifié. Nous avons fait suivre l’article consacré à ces vocables de la lettre V, pour les distinguer d’entre tous les mots perdus pour la langue.
Etymologie. Nous donnons l’éthymologie du mot (sauf pour les mots vivants, puisqu’on la trouve dans la plupart des dictionnaires), chaque fois qu’elle est sûre ou tout au moins plausible. — Les mots latins figurent avec l’accent tonique, qui est indispensable pour faire saisir le passage de la forme latine à la forme française d’or­gine populaire.
Dates. Nous avons jugé utile de signaler, autant qu’il a été possible, le siècle où un mot a fait son apparition dans un texte (sans que naturellement on puisse en déduire qu’il ne fut pas en usage auparavant dans la langue parlée), et généralement aussi le siècle au cours duquel il semble avoir disparu. Quand après un mot nous portons par exemple la mention XIe-XVIe s., il faut comprendre que, paru au XIe siècle, il était encore employé au XVIe siècle, puis est tombé en désuétude.
Sens. Nous nous sommes attaché à faire ressortir clairement la filiation des sens et à en présenter un classement aux divisions nettes. Dans certains cas nous indiquons leur succession chronologique, quand elle est incontestable.
Exemples. Nous avons inséré dans la plupart des articles un exemple, plusieurs lorsque la différenciation des sens le sollicitait, avec indication du siècle et de l’auteur ou de l’ouvrage d’où il est tiré. Mais nous avons préféré nous abstenir, quand les exemples que nous avions à notre disposition étaient sans intérêt pour rendre compte du sens ou de l’emploi d’un mot.
Archéologie. Pour les termes relatifs au vêtement, à l’armement, au mobilier, etc., nous avons tenu à compléter l’article par les renseignements archéologiques susceptibles d’éclairer le lecteur.
Morphologie. Les formes verbales présentant quelque difficulté sont indiquées, avec renvoi à l’infinitif.
Aux mots comportant une forme de cas sujet et une forme de cas régime, nous avons placé celle-ci en tête, comme étant plus fréquemment employée. Ex. : Afanëor, ere n. m. Laboureur.
Graphie. Phonétique et graphie ont beaucoup varié dans l’ancienne langue. Souvent les formes diffèrent dans le même auteur, et dans une même page à quelques lignes d’intervalle. Il nous a donc fallu choisir entre les diverses formes. Les énumérer toutes en tête de chaque article eût en effet demandé trop de place et nui par surcroît à la clarté et à la netteté de l’exposition. Nous avons pr­féré recourir aux renvois, qui permettent de trouver commodément et vite ce qu’on veut savoir.
Pour faciliter les recherches nous donnons les indications générales ci-après :
Pour une consonne double, voir à la consonne simple.
Ex. : App…, voir à ap…
Pour le suffixe eïer, voir à oïer.
Pour le suffixe ure, voir à eüre.



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