Bullshit Jobs – David Graeber (2018)

Bullshit Jobs – David Graeber (2018)

Alors que le progrès technologique a toujours été vu comme l’horizon d’une libération du travail, notre société moderne repose en grande partie

sur l’aliénation de la majorité des employés de bureau. Beaucoup sont amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles, sans réel intérêt et vides

de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société.

C’est de ce paradoxe qu’est né et s’est répandu, sous la plume de David Graeber, le concept de « bullshit jobs » – ou « jobs à la con », comme

on les appelle en français.

Dans son style unique, virulent et limpide, l’auteur procède ici à un examen poussé de ce phénomène. Il soutient que, lorsque 1 % de la

population contrôle la majeure partie des richesses d’une société, ce sont eux qui définissent les tâches « utiles » et « importantes ». Mais que

penser d’une société qui, d’une part, méprise et sous-paie ses infirmières, chauffeurs de bus, jardiniers ou musiciens ‒ autant de professions

authentiquement créatrices de valeur ‒ et, d’autre part, entretient toute une classe d’avocats d’affaires, d’actuaires, de managers intermédiaires

et autres gratte-papier surpayés pour accomplir des tâches inutiles, voire nuisibles ? Graeber s’appuie sur les réflexions de grands penseurs,

philosophes et scientifiques pour déterminer l’origine de cette anomalie, tant économique que sociale, et en détailler les conséquences

individuelles et politiques : la dépression, l’anxiété et les relations de travail sadomasochistes se répandent ; l’effondrement de l’estime de soi

s’apparente à « une cicatrice qui balafre notre âme collective ».

Sa démonstration est émaillée de témoignages éclairants envoyés par des salariés de tous pays, récits tour à tour déchirants, consternants ou

hilarants. Il y a le consultant en informatique qui ne possède aucune des qualifications requises pour le poste, mais qui reçoit promotion sur

promotion, bien qu’il fasse des pieds et des mains pour se faire virer ; le salarié supervisé par vingt-cinq managers intermédiaires dont pas un

seul ne répond à ses requêtes ; le sous-sous-sous-contractant de l’armée allemande qui parcourt chaque semaine 500 kilomètres en voiture

pour aller signer un papier qui autorisera un soldat à déplacer son ordinateur dans la pièce d’à côté…

Graeber en appelle finalement à une révolte du salarié moderne ainsi qu’à une vaste réorganisation des valeurs qui placerait le travail créatif et

aidant au cœur de notre culture et ferait de la technologie un outil de libération plutôt que d’asservissement, assouvissant enfin notre soif de

sens et d’épanouissement.



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